Category: Livres,Romans et littérature,Théâtre
Les filles aux mains jaunes Details
Début 1915. La Première Guerre mondiale fait rage depuis plusieurs mois. L'espoir qu'elle soit courte et victorieuse s'est envolé. Dans une usine d'armement, quelque part en Europe, Julie, Rose, Jeanne et Louise, quatre "filles aux mains jaunes", fabriquent des obus à la chaîne et découvrent leur destin d'ouvrières. Comme tout le monde, elles souhaitent la victoire et le retour des hommes. Dans ce décor singulier, Jeanne a des désirs de revanche, Julie rêve d'amour, Rose écoute Louise, et Louise parle, milite, écrit et tente de croire à un monde nouveau. Dans l'enfer d'une industrie qui expérimente la production de masse et le taylorisme, avec ses conditions de travail inhumaines, les quatre femmes découvrent une liberté tout à la fois du corps, de la parole, de l'esprit... mais aussi l'inégalité sociale, la solidarité... et quelque chose qui ressemble à un début d'émancipation... Chez Michel Bellier, comédien pour le théâtre, le cinéma et la télévision, l'écriture dramatique a pris une place prépondérante depuis quelques années. Ses pièces sont éditées (souvent chez Lansman), montées et parfois primées. Il s'implique également dans des partenariats croisant les univers de plusieurs auteurs dans un même projet.

Reviews
Je n'aime pas lire une pièce de théâtre, je trouve qu'il faut aller la voir, l'entendre mais ici quel texte, quelle force dans les mots...Quatre jeunes femmes: sauf Jeanne (plus âgée- enfant en 1870), Louise, Julie et Rose mais elles auraient pu être ?rika, Olga, Louisa, Agnes ou Jenny, Elisabeth, Abby, Mary; cela n'aurait rien changé car leur quotidien en usine était identique malgré la différence de nationalité. Des dialogues forts, des apartés superbes. Ces femmes sont exploitées: 12 heures de travail par jour, les deux pauses, deux jours de congé par mois, des conditions de travail insalubres, dangereuses (risques d'explosion), une "obusette" soulève sur sa journée des charges énormes , aucune hygiène corporelle (pas de douches, les latrines ne sont pas nettoyées, pas de vestiaires,...). Et le plus grave, elles (munitionnettes, obusettes et autres) manipulent jour après jour une poudre jaune toxique -du TNT un explosif- sans aucune protection: ni gants, ni masques.La peau et les cheveux deviennent jaunes car le TNT s'infiltre dans le corps par les pores de la peau, les voies respiratoires et cela provoque l'apparition des premiers symptômes d'intoxication qui sont le rhume, le nez bouché, la toux et des maux de tête. Enfin, une exposition prolongée au TNT provoquent des cancers multiples: foie, reins, leucémie, dérèglement du cycle hormonal féminin avec aménorrhée, stérilité, malformations des bébés..deux citations de l'époque (à frémir d'indignation) "Si les femmes qui travaillent dans les usines s'arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre » La formule est signée Joseph Joffre (général), déjà il avait osé "je les grignote" en 15 et en 14 "je tordrai les Boches avant deux mois"« On compte sur l??ouvrière pour enfanter des milliers d??obus et tourner des douzaines d??enfants?? » citation d'un politicien, d'un industriel, de l'Armée? - en fait un salaud-qui ne manque pas de cynisme avec son inversion mais il oublie que pour faire un enfant, il faut un homme et que les hommes sont au front!En Angleterre les munitionnettes étaient appelées les "canaris" pour leur teint jaune.Lottie Meade est très connue en Angleterre -une jeune femme mère de quatre enfants , avec un mari au front qui a décidé de devenir "munitionnette" pour participer à l'effort de guerre. Sur sa poitrine, elle porte le triangle sur pointe récompensant les bonnes ouvrières.. Lottie Meade meurt le 11 octobre 1916 d'une leucémie , une parmi tant d'autres, mais son nom est resté dans la mémoire collective car elle est devenue le symbole de la femme "canari" en Angleterre.?coutez ces quatre voix vous parler, ce sont des murmures mais aussi des cris d'outre-tombe qui nous interpellent..."oui on a subi tout cela, oui la France a totalement trahi notre confiance et nous a sciemment empoisonnées... à quoi donc servait ce verre de lait quotidien même pas frais servi par le contremaître et que l'on devait boire à midi ? maintenant on sait!"première photo: Lottie Meade- deuxième: une ouvrière française (usine d'armement)- troisième et quatrième des munitionettes allemandes. Toutes les cartes-photos proviennent de ma collection privée.


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